agenda Albert - novembre 1876

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Dublin Core

Titre

agenda Albert - novembre 1876

Résumé

4 et 5 novembre : deux pages de références et de notes sur la faune chinoise

15 novembre : une description extrêmement précise sur deux pages d'une cannonière anglaise toute neuve

Contributeur

Transcription réalisée par Angélique Sentilhes avec l’agent Claude, mai 2026

agenda/journal Item Type Metadata

Location

Chefoo - Chine

Transcription

1ᵉʳ novembre 1876 — Mercredi

Ornithologie

Cormorants Near du phare de Kung Tung Tao,1 une espèce de cormoran tué par le light keeper.

Bocanins Disparaissent rapidement vers le Sud et il n’en reste que fort peu dans nos environs.

Travaux

État des travaux du nouveau bureau des douanes :

Mur d’enceinte achevé au S.O. — O. N.O. jusqu’au yamen du li tao taï2. Yamen démoli lou(?).

Nouveau bureau — aile du S. : maçonnerie achevée.

Maison. Rez-de-chaussée : Vestibule, writer room, ante room plafonnés et plâtrés.

Dining room (en train de plafonner). Véranda bâtie jusqu’au niveau de la 1ᵉʳ corniche.

Aile du N. — Fondations achevées, on achève la pose des pierres du bas (coping stones).

Au 1ᵉʳ étage : 3 chambres et ball room — plafonnés et plâtrés.

Stables only foundations. — On commence à tourner les balustres.

2 novembre 1876 — jeudi

Eté à la messe

Grand froid différence de 30° avec avant-hier 42° à midi3.

Allumé mon poêle pour la 1ᵉʳ fois.

Passé une soirée à travailler chez Cousins qui est fort souffrant.

Rentré coucher à 11h.

Achevé une caisse que j’envoie chez Brassmann.

3 novembre 1876 — vendredi

Arrivée ou plutôt passage de M. et Mᵉ Giquel4 par le Paonting allant au Sud.

Mr. Giquel a obtenu de partir l’an prochain avec 50 Chinois de l’arsenal : 20 pour l’Angleterre et 30 pr Toulon5.

L’ambassade chinoise pr Londres et Wade6 quittent Péking demain — ils partent par la malle française7.

4 novembre 1876 — samedi

Natural history.

Books to procure :

A. David8 — Histoire naturelle de Peking et ses environs

1. Nouvelle Arch. du Mus. His. Nr. Bull. III. Paris 1867.

2. Revue des deux mondes 1871.

3. Catalogue des oiseaux de Chine — 1ᵉʳ partie — Sept° de [Comptes rendus] Nr. Arch. de Nr. His Nr. Bull. VII. 1872.

R. Swinhoe9 — Catalogus of the mammals of China

1. Proceedings Zool. Soc. London 1870 — p. 615. 553.

2. Catalogue of the birds of China. J° 1863. p. 259. 329.

3. Revised catalogue of the birds of China. ibid. 1871. [page barrée]

4. Birds observed at Tientsin. J° 1862 — p. 315. 320.

5. Zoological notes from a journey from Canton to Peking and Kalgan. J° London 1870 — p. 27. 51.

Milne Edwards10 — Études pour servir à l’Histoire de la faune mammalogique de la Chine &c. Paris 1870. fol. plates.

Bleeker11 — Sur les gymnoides de la Chine australe. XII. 1871.

5 novembre 1876 — dimanche

Fauna tchéliensis.12

O. F. von Moellendorf, Ph. D., Tientsin — in den Mittheilungen der Deutschen Gesellschaft für Natur- und Völkerkunde Ostasiens, 9ᵗᵉˢ Heft, Mai 1876, Yokohama13.

Mammals

Primates 1. Macacus tchéliensis (hou)14 M. Edw.

Chiroptera — 蝙蝠 / 天鼠15 2. Vespertilio Davidi (Peters)16 — large bat, only found in N. Bhili.

3. Vesperus serotinus17, Schreber — identical with the common evening bat of Europe.

4. Felis tigris L18. — 老虎.

piao 5. Felis Fontanieri A. M. Edw. — A large panther19.

6. Felis Irbis, Ehrenb. — (panther of the snows) pale coloured skin20.

7. Felis microtis, A. M. Edw. — a wild cat21.

8. Felis Manul, Pall. — “cat of the steppes”, rare in Bhili22.

9. Canis lupus L23.

10. Canis rutilus24, Pall. — only in N. Bhili (our Forster ?) representative of the jackal.

11. Canis vulpes, Swinhoe25 — identical with the European common [fox].

沙狐 12. Canis corsac, Pall26. — common, “fox of the steppes”, in N. Bhili.

ho 13. Canis procyonoides27 — “Racoondog”, range from Canton to Amoorland.

(?) hniung 14. Ursus sp. — perhaps Ursus Thibetanus, which has been found in Shantung, Szechuen & Formosa (a small brownish black bear)28.

15. Meles leptorhynchus A. M. Edw. = Meles chinensis, Gray — Chinese badger. 猪貛 (viz. [?] chu huan) — not rare in Bhili29.

16. Meles (Arctonyx) leucolaemus A. M. Edw. — disc[overed] by David. Very rare, perhaps the 狗獾.

水獺 ta 17. Lutra sp30. — in the Peiho, near Tientsin and Takou. Rare.

The marine otter Enhydris marina 海獺 has not been found yet souther than Yesso.

6 novembre 1876 — lundi

Suite de la Fauna tchéliensis de Möllendorff : n° 18 à 31 (Carnivora suite, Insectivora, Rodentia)31

榛雪鼠 [?] 18. Martes foina L. — Beech marten, very rare.

19. Putorius Fontanieri A. M. Edw. — Polecat, skin golden yellow colour d'ou 黃鼠狼. co[mmon ?].

20. Putorius sibiricus, Pall. — Siberian weasel, larger than our weasel but smaller than the polecat, also gold coloured, also called (*)32.

Insectivora33.

刺蝟 21. Erinaceus dealbatus, Swinh. — one of the 五大家 5 great families, i. e. fox, raccoon-dog, polecat, marten & hedgehog.

22. Scaptochirus moschatus, A. M. Edw. — the musk-smelling mole. 田鼠. a 地生耗子.

Rodentia34

23. Siphneus psilurus, A. M. Edw. — Long mole-rat. 地羊 or 臭地羊子, stinking mole.

[Marge : 兔子] 24. Lepus Tolai, Pall. — Mongolian hare, common in Mongolia, northern and central China. 山兔. 野猫.

25. Dipus annulatus, A. M. Edw. — a jerboa. 跳兔, jumping hare.

26. Gerbillus unguiculatus, A. M. Edw.

27. Gerbillus psammophilus, d° d° } Rellmouse spp. ? only in North Bhili.

28. Spermolegus Mongolicus, A. M. Edw. — Ziesel or Souslik. 大眼賊兒 or 豆鼠.

29. Pteromys xanthipes, A. M. Edw. — a flying squirrel, very rare. 飛鼠.

30. Sciurus vulgaris L. var. nigra — Black squirrel. 松鼠.

31. Sciurus Davidianus, A. M. Edw. — the elegant grey squirrel. 灰鼠.

7 novembre 1876 — mardi

Suite de la Fauna tchéliensis de Möllendorff : n° 32 à 46 (Rodentia suite, Multungula, Ruminantia)35

32. Sciurus striatus, Pall. — 花布簾子, seen of variegated col[our], or 五道眉兒, called 花鼠 in Ninching [?] (vu un vivant).

33. Cricetulus griseus, A. M. Edw. — The dwarf hamster, 118 mill., av[ec] 40 mill. of tail. 豆鼠兒 or 倉耗子. From the habit of making winter stores.

老鼠 34. Mus humiliatus, A. M. Edw. — common Pekin rat.

35. Mus decumanus, L. — common Brown rat, very common in Tientsin.

36. Mus plumbeus — in Mongolia, a rat.

37. Mus musculus, L. — the Mouse, very rare in Bhili36.

Multungula37

38. Sus saper L. — rare. 野猪 yeh chu.

Ruminantia38

39. Antilope caudata, A. M. Edw. (Nemorhedus) — a goat antelope. ling yang .

40. Antilope gutturosa, Pall. Un Dzeron [?] .

41. Aegoceros Argali, Pall. — 山羊.

42. Moschus moschiferus, L. — 香麞子.

43. Cervus Pygargus, Pall. — the Roebuck.

44. Cervus Mantchuricus, Swin. — an Axis. 梅花鹿.

45. Cervus xanthopygus — a Red Deer.

” Cervus mandarinus — 馬鹿.

46. Cervus (Elaphurus) Davidianus — 四不像.

8 novembre 1876 — mercredi

Aucune entrée manuscrite

⚠ PAGES MANQUANTES : 9 et 10 novembre 1876 (jeudi

11 novembre 1876 — samedi

On commence à poser le nouvel escalier. On prépare le toit du nouveau bureau39.

12 novembre 1876 — dimanche

Arrivée du Shantung40 ayant à son bord M. Wade41, Helier et de Bury qui va rejoindre son bâtiment le Talisman42 à S’haï43.

Il m’a parlé beaucoup des princes d’Orléans44 et nous passons la journée à causer ensemble.

Il monte à cheval avec moi jusqu’au Bluff45 et nous dînons ensemble. Je vais le conduire à bord après dîner.

13 novembre 1876 — lundi

À 10h je joins Maclean et je me rends avec lui au yamen du Taotai pr lui servir d’interprète46.

À 9h ½ un capitaine français descendant du consulat m’apprend que Jamieson part avec le « Mosquito » pr Chang Shan Tao des îles Miaotao où le Lapwing est jeté au plein. On dit tous les hommes sauvés, mais comme il a fait très mauvais temps, on a peu d’espoir que le Lapwing soit encore entier47.

Temps froid, une peu de neige.

Achevé la 51ᵉᵐᵉ page de mon manuscrit, sans compter l’introduction48, 49.

14 novembre 1876 — mardi

Arrivée de deux petites canonnières Alpha et Beta, venant directement d’Angleterre pr le gouvernement chinois50.

Dîné chez Mʳ Detring, absent avec sa femme chez Mʳ Bomali51. Je fais les honneurs de sa maison aux deux capitaines des canonnières Mʳ de la Primaudie52 (α) et Mʳ Hamilton53 (β).

15 novembre 1876 — mercredi

À 4h ½ avec Chalmers visiter les deux canonnières54.

Ce sont de forts petits vapeurs à double hélice courant 7 nœuds ½, armés à l’avant d’un énorme canon Armstrong de 24 tonnes. Le navire construit en fer par Armstrong at Newcastle on Tyne n’est que l’affût même du canon55 : le monstre à 12 pouces d’âme56 et lance un boulet plein ogivo-conique (en chilled Iron) de 2 pieds et demi de long, 500 livres de poids avec une charge de 95 livres de poudre (commune ?)57. Le recul envoie le navire à 10 pieds en arrière, et quand on tire en le lançant en avant avec une vitesse de 4 à 5 nœuds il tremble alors mais reste en place58. La machine de 40 chevaux force 120 à 130 révolutions par minute, 4 cylindres horizontaux, haute pression, 2 h. pour la diriger59.

Le navire est dirigé60 par un télégraphe à l’arrière du canon, la steerage et le service de la pièce se font de cet endroit au moyen du télégraphe, tubes parlants et les machines, dont une est une machine hydraulique affectée au service de la pièce61 : on fait reculer la pièce, on abaisse sa gueule à 1 pied ½ du pont, un treuil [?] amène le boulet en face.

[Un schéma d’affût de canon sur rails est dessiné en marge inférieure]

The rumour has reached us through the captain of [Torntale ?] that MacPherson has resigned and Mouilleraux is in charge.

16 novembre 1876 — jeudi

Un écouvillon placé à l’avant est alors manœuvré au moyen d’une machine hydraulique sous pression de 100 livres62. Le fait enfoncer le boulet au fond de l’âme où il est aidé d’un diaphragme en gutta63 (le coup coûte 15 livres64 !). Le boulet plein perce une plaque de 12 à 14 pouces65. Le coup tiré, l’écouvillon est introduit dans l’âme et au moment où il touche le fond, une soupape s’ouvre et une petite douche à 100 litres nettoie l’âme66.

Ces navires commandés en Europe par Mʳ Hart67 sont assurés pour 1/3 de leur valeur de 30 000 livres68, 69.

17 novembre 1876 — vendredi

[mot biffé] Départ des 2 petites canonnières α et β70.

Jamieson écrit de Chang Shan Tao qu’il peut revenir si Mʳ Detring lui envoie Chalmers. Le Lapwing est condamné, au premier mauvais temps il sera en morceaux71.

Le commissaire Chalmers a ordre de partir pr Chang Shan Tao via Teng-chow-fu72.

— Commissionner Man passe ici en route pr l’Angleterre en congé.

— Reçu lettre de mère73.

18 novembre 1876 — samedi

Charbon

À Chiang-chiu-hsien près bhinam il y a, d’après le témoignage d’un habitant, des mines de charbon ; ce charbon est surtout employé par les chaudronniers et bateaux de fer74.

Je suis réveillé à 6h par Chalmers qui part à cheval pr Tung-chien(?). Malgré la grêle et la neige qui bat mes vitres, je m’habille et sors avec lui. Son cheval devient boiteux au « Nopu yard75 ». Je lui donne le mien et entre en prendre un autre. Je fais atteler le gros cheval de Mʳ Detring et je pars rapidement à 7h ½. Je navigue dans un noir tourment de neige76 et viens à rejoindre Chalmers à bhuki pr prendre notre route près de la rivière. Je l’accompagne jusqu’à Kung-yu où nous arrivons à 9h ½. Je repars de suite, beau temps, et entre au bureau à 10h ½77, 78.

Bien que [j’aie] écrit à Holwill, celui-ci s’est plaint de mon retard, et je reçois une réprimande du commissaire qui de plus me garde rigueur (probablement à cause de son cheval)79.

19 novembre 1876 — dimanche

Horriblement courbaturé par ma course de 27 milles accomplie en 3h 45’80.

Je vais point à la messe81.

Promenade sur la plage après visite à Mʳ Jamieson, Mʳ Detring où l’on ne m’ouvre même pas la porte, Mʳ Holwill82.

Couché de bonne heure.

Le père Nivard m’apporte finis la croix et chaîne pour Mʳ Detring83.

20 novembre 1876 — lundi

À 1h. Arrivée du Mosquito revenant de Chang-shan-Tao et ramenant Jamieson. Le Lapwing a dû être abandonné, étant rempli d’eau84.

— The Inspector General has granted our demand for 250 Tls for customs furniture mess85.

— Leçon de Français : je donne à mes 2 élèves M. et D. Maclean chacune un cahier orné de leurs monogrammes dessinés par moi, et un porte-plume86.

— J’ai donné à Mʳ Jamieson sa croix et collier d’argent doré à la pile par le père Jourdan87.

Dîné chez eux avec les officiers du Mosquito.

Le Lapwing s’est plié au plein sur la plage de sable appelée Yu-shile-chiai (buisson de jade) qui sépare les 2 îles de Chang-shan-Tao, pendant un beau temps. Une heure après, une tempête de N.E. l’a détruit88.

21 novembre 1876 — mardi

Arrivée par Shantung de Louis Roche et Mʳ Grainville, enseigne de vaisseau, allant rejoindre son navire à Tien-tsin89. Il me donne des détails importants sur les erreurs des cartes nautiques des côtes de Chine90.

22 novembre 1876 — mercredi

Le « Salacia » barque anglaise vient de se perdre sur la barre de la rivière de Niu-chwang91, 92.

23 novembre 1876 — jeudi

Reçu lettre de Morse m’envoyant un troisième grenat taillé93.

Leçon de Français à ces demoiselles Maclean, leur père étant absent à Tien-tsin. Je les reconduis chez elles à 6h ½.

— Lecture par un « itinerant american missionary94 » au Club. Il nous montre avec une lanterne magique des vues photographiques de l’exposition de Philadelphie95. Parmi les plus remarquables est celle d’un vase de Sèvres96. Fort beau. Aussi des photographies d’objets microscopiques97.

Monté mon cheval pour la première fois depuis son retour de Teng-chow-fu98.

24 novembre 1876 — vendredi

Visite à Mʳ et Me Corbett.

Mʳ Mills.

Mʳ Downing.

25 novembre 1876 — samedi

Arrivée de S.E. Mʳ Ferguson, ministre de Holland99.

Reçu lettre de Vigan, mère, m’envoyant newspaper / China Review.

Visites à : Mʳ Ferguson (S.E.), Mʳ Detring, Mʳ Jamieson100.

Été prendre le thé chez le Dʳ Navius, accompagnant Mʳ et Me Jamieson et les demoiselles Maclean.

Assisté à un mariage chinois chez le Dʳ Navius101.

26 novembre 1876 — dimanche

Chalmers revient du Lapwing102.

— Longue promenade à cheval avec Head au S.E. de Tu-shan-hsien. Rentré par la porte de Lay-yang103.

27 novembre 1876 — lundi

Service Movements104:

Th. F. Hughes goes to Takau as Deputy Commissioner105.

J. Smith Tidewaiter joins the indoor staff [as] 3rd class clerk106.

28 novembre 1876 — mardi

Aucune entrée manuscrite

29 novembre 1876 — mercredi

Passage à Chefoo de Mʳ Marin d’Airebelle107 attaché à l’Arsenal de Foochow (il est ingénieur de vaisseau. Je lui achète 2 pièces de Pongée à 8$108.

Il me dit que l'émail cloisonné de Peking vient du Shantung plus que [?] de Foochow, [il me] prie de lui en acheter pᵒ faire faire des cloisonnés à l’Arsenal de Foochow109.

À Peking le père Favier a appris aux Chinois à faire la dorure galvanique au moyen d’une pile à eau douce110.

30 novembre 1876 — jeudi

Demandé à Chalmers d'aller mess avec lui — accordé en conséquence. Je fais mes adieux à Hague, trop heureux de quitter leur table.


NOTES

1 Kung Tung Tao : île ou phare près de Chefoo, déjà mentionné en juillet 1876 lors de l’excursion sur le Wànniánqīng. Le light keeper est le gardien du phare

2 Li tao taï : le Tao-taï (道台) de Li — officier local des douanes chinoises

3 42° Fahrenheit (à 5° Celsius) à midi : température très fraîche pour Chefoo en début novembre, contrastant avec les 84-85° F signalés le 22 octobre — chute de 40° F en dix jours.

4 Prosper Giquel (1835–1886) : officier de marine français, co-directeur de l’Arsenal de Fuzhou (福州船政局) de 1866 à 1874 avec Shen Baozhen. Artisan du mouvement d’auto-renforcement chinois, il a supervisé la construction de la flotte moderne chinoise (dont la Wànniánqīng que Fauvel a visitée en juin 1876). Sa femme l’accompagne.

5 50 Chinois de l’arsenal : techniciens et élèves formés à l’Arsenal de Fuzhou envoyés en Europe pour parfaire leur formation navale (20 en Angleterre, 30 à Toulon). Cette mission de 1876-1877 est historiquement documentée — elle fait partie du programme de modernisation de la Marine impériale chinoise.

6 Thomas Francis Wade (1818–1895), diplomate et sinologue britannique, ministre plénipotentiaire britannique en Chine (1871–1883), inventeur du système de transcription Wade-Giles. Sa mention aux côtés de l’ambassade chinoise à Londres est cohérente avec son rôle diplomatique.

7 Malle française : service postal maritime français reliant la Chine à l’Europe via le canal de Suez.

8 Père Armand David, 1826–1900 : missionnaire lazariste et naturaliste français, résident à Pékin. Ses travaux sur la faune et la flore chinoises sont des références fondamentales. Le livre du P. David reçu le 26 octobre est probablement l’un de ces ouvrages.

9 Robert Swinhoe, 1836–1877 : consul britannique et naturaliste, spécialiste de la faune chinoise, auteur de catalogues ornithologiques et mammalogiques de référence. Déjà cité dans la liste du 26 septembre 1876.

10 Milne Edwards (Alphonse Milne-Edwards, 1835–1900) : zoologiste français, auteur des Études pour servir à l’histoire de la faune mammalogique de la Chine (1868–1874), ouvrage majeur sur les mammifères de Chine.

11 Pieter Bleeker, 1819–1878 : ichtyologiste néerlandais, spécialiste des poissons d’Asie. « Gymnoides » gymnotoïdes, groupe de poissons électriques

12 Contexte pour l’œuvre encyclopédique de Fauvel. Cette transcription intégrale de la liste de Möllendorff s’inscrit dans le prolongement direct du programme bibliographique ouvert la veille (4 novembre, livres d’histoire naturelle à se procurer). Elle fournit à Fauvel un cadre taxinomique de référence pour les mammifères du Tchéli, qu’il complétera au fil de ses observations de terrain et intégrera dans son manuscrit sur le Shandong. L’appariement systématique des noms latins et des noms chinois (, 蝙蝠, 老虎, , , 沙狐, , , 猪貛, 狗獾, 水獺, 海獺) témoigne de sa démarche sinologique propre.

13 Otto Franz von Möllendorff, 1848–1903, sinologue et zoologiste allemand résidant à Tientsin puis interprète des légations allemandes en Chine, spécialiste des mollusques d’Asie. Son article est publié dans les Mittheilungen der Deutschen Gesellschaft für Natur- und Völkerkunde Ostasiens (MDGNVO), 9ᵗᵉˢ Heft (cahier), mai 1876, Yokohama — revue savante de la Société allemande d’Asie orientale fondée en 1873. Fauvel recopie donc ici une notice zoologique publiée par un confrère sinologue établi à Tientsin. Tchéli (Tschili, 直隸 Zhílì) : ancienne grande province du nord de la Chine, couvrant approximativement l’actuel Hebei et englobant Pékin et Tianjin. Graphie du manuscrit : Fauvel (ou Möllendorff) emploie systématiquement la forme “Bhili” (au lieu des variantes plus courantes Chili, Tschili, Chihli, Pechili), qui désigne bien la province du Tchéli — le titre même de l’article, “Fauna tchéliensis”, le confirme.

14 Macacus tchéliensis Milne-Edwards : macaque du Tchéli, aujourd’hui rattaché à Macaca mulatta (macaque rhésus) — le nom (hóu) désigne génériquement le singe en chinois.

15 Noms chinois en marge : 蝙蝠 (biān fú), chauve-souris ; 天鼠 (tiān shǔ), “souris céleste”, nom ancien et poétique du même animal.

16 Vespertilio davidi (Peters, 1869) : décrit par Wilhelm Peters sur un spécimen collecté par le P. Armand David ; probable synonyme ancien d’une espèce actuelle du genre Myotis.

17 Vesperus serotinus Schreber : aujourd’hui Eptesicus serotinus, la sérotine commune, largement répandue en Europe et en Asie tempérée.

18 Felis tigris L. = Panthera tigris, tigre (老虎 lǎohǔ).

19 Felis Fontanieri A. Milne-Edwards (1867) : grande panthère de Chine du Nord, nommée d’après le diplomate français Fontanier ; aujourd’hui considérée comme synonyme de Panthera pardus japonensis ou fontanierii (léopard de Chine du Nord). Caractère (bào) = léopard/panthère.

20 Felis Irbis Ehrenberg = Panthera uncia, la panthère ou léopard des neiges, au pelage pâle tacheté.

21 Felis microtis A. Milne-Edwards : “chat à petites oreilles”, aujourd’hui généralement synonymisé avec Prionailurus bengalensis (chat-léopard).

22 Felis manul Pallas = Otocolobus manul, chat de Pallas ou manul, espèce des steppes d’Asie centrale.

23 Canis lupus L. : loup gris, (láng).

24 Canis rutilus Pallas : renard roux, aujourd’hui assimilé à Vulpes vulpes ou à une sous-espèce, présenté par Möllendorff comme le représentant local du chacal.

25 Canis vulpes Swinhoe = Vulpes vulpes, renard commun.

26 Canis corsac Pallas = Vulpes corsac, renard corsac ou “renard des steppes”, 沙狐 (shā hú, “renard des sables”).

27 Canis procyonoides (Gray, 1834) = Nyctereutes procyonoides, le chien viverrin ou tanuki, (hé), espèce à large distribution de Canton à la région de l’Amour.

28 Ursus thibetanus (G. Cuvier, 1823) : ours noir d’Asie ou ours à collier, signalé au Shandong, au Sichuan et à Formose (Taïwan). Caractère (xióng, transcription française d’époque “hiung” ou “hiong”) = ours.

29 Meles leptorhynchus A. Milne-Edwards = Meles chinensis Gray : blaireau chinois, aujourd’hui Meles leucurus (blaireau d’Asie), nommé en chinois 猪貛 (zhū huān, “blaireau-porc”). Meles (Arctonyx) leucolaemus A. Milne-Edwards = Arctonyx collaris, blaireau à gorge blanche, “découvert par David” (P. Armand David), nommé 狗獾 (gǒu huān, “blaireau-chien”).

30 Lutra sp. : Lutra lutra, la loutre d’Europe, signalée dans le Peiho (白河 Bái Hé, “rivière blanche”) près de Tientsin et Takou (大沽 Dàgū, port à l’embouchure). Enhydris marina = Enhydra lutris, la loutre de mer, 海獺 (hǎi tǎ), dont la limite sud de distribution s’arrête à Yesso (ancien nom de Hokkaidō).

31 Continuité. Cette entrée poursuit sans solution de continuité la transcription de la Fauna tchéliensis de Möllendorff commencée le 5 novembre. Les trois ordres Mustélidés suite (n° 18-20), Insectivora (n° 21-22), et Rodentia (n° 23-31) complètent la classe des Mammifères.

32 Mustélidés (suite, n° 18-20). Martes foina L. : fouine (beech marten), mustélidé forestier répandu en Eurasie. Putorius fontanieri A. Milne-Edwards (1871) : putois de Fontanier, généralement synonymisé aujourd’hui avec Mustela sibirica (belette de Sibérie) ou considéré comme sous-espèce ; nom chinois 黃鼠狼 (huáng shǔ láng, “loup rat jaune”), désignant couramment la belette jaune de Sibérie. Putorius sibiricus Pallas = Mustela sibirica, belette de Sibérie — le nom scientifique correct est Mustela sibirica Pallas, 1773. Le fait que Möllendorff distingue Fontanieri et sibiricus témoigne d’un débat taxinomique de l’époque aujourd’hui résolu par synonymie.

33 Insectivora (n° 21-22). Erinaceus dealbatus Swinhoe (1870) = Erinaceus amurensis, hérisson de Mandchourie (ou d’Amour), espèce de hérisson à ventre blanc répandue en Chine du Nord et en Extrême-Orient russe. 刺蝟 (cì wèi) = hérisson en chinois. La mention des “5 great families” (五大家 wǔ dà jiā, “les cinq grandes familles”) renvoie à une croyance populaire chinoise du nord : les cinq animaux surnaturels vénérés ou craints comprennent le renard (), le chien viverrin (), le putois-belette (黃鼠狼), la fouine/martre (), et le hérisson (刺蝟). Cette classification folklorique, documentée en Chine du Nord au XIXᵉ siècle, est ici juxtaposée à la taxonomie linnéenne — une occurrence précieuse d’ethnozoologie. Scaptochirus moschatus A. Milne-Edwards : taupe musquée de Chine du Nord, espèce toujours valide. 田鼠 (tián shǔ, “rat des champs”) désigne généralement les campagnols, mais ici il est associé par glissement sémantique à la taupe fouisseuse. L’expression 地生耗子 [?] (lecture incertaine du 2ᵉ caractère) signifierait littéralement “rat vivant en terre”, désignation descriptive de la taupe.

34 Rodentia (n° 23-31). Siphneus psilurus A. Milne-Edwards = Myospalax psilurus, zokor à queue nue de Mandchourie, rongeur fouisseur des steppes. 地羊 (dì yáng, “mouton de terre”) et 臭地羊子 (chòu dì yáng zi, “mouton de terre puant”) sont des noms populaires chinois pour ce rongeur. Lepus tolai Pallas : lièvre tolaï, espèce des steppes d’Asie centrale, de Mongolie et de Chine du Nord. 兔子 (tùzi) = lapin/lièvre ; 山兔 (shān tù) = “lièvre de montagne”. La mention 野猫 (yě māo, “chat sauvage”) qui suit est surprenante dans une entrée consacrée au lièvre : il s’agit vraisemblablement d’une annotation marginale ajoutée par Fauvel pour mémoire personnelle (sans rapport taxinomique direct avec Lepus tolai), ou d’une lecture vernaculaire populaire à préciser. Dipus annulatus A. Milne-Edwards = aujourd’hui Stylodipus telum ou Allactaga sp., gerboise (jerboa) des steppes d’Asie centrale. 跳兔 (tiào tù, “lièvre sauteur”) : traduction chinoise du terme “jumping hare”. Gerbillus unguiculatus A. Milne-Edwards = Meriones unguiculatus, gerbille de Mongolie (espèce modèle de laboratoire aujourd’hui). Gerbillus psammophilus A. Milne-Edwards = Meriones psammophilus, gerbille des sables, synonyme probable de M. meridianus. Spermolegus (lire Spermophilus ?) mongolicus A. Milne-Edwards : spermophile de Mongolie, aujourd’hui probablement Spermophilus alashanicus ou Urocitellus dauricus. Nom allemand “Ziesel” (Fauvel écrit “Ziel”) et “Souslik” (mot russe). 大眼賊兒 (dà yǎn zéi ér, “petit voleur aux grands yeux”) et 豆鼠 (dòu shǔ, “rat des pois”) : noms populaires. Pteromys xanthipes A. Milne-Edwards = Trogopterus xanthipes, écureuil volant à pieds jaunes, espèce rare de Chine. 飛鼠 (fēi shǔ, “rat volant”). Sciurus vulgaris L. var. nigra : variété mélanique de l’écureuil roux d’Eurasie. 松鼠 (sōng shǔ, “rat des pins”) = écureuil. Sciurus davidianus A. Milne-Edwards = Sciurotamias davidianus, écureuil des rochers de Père David, endémique de Chine. 灰鼠 (huī shǔ, “rat gris”) = écureuil gris.

35 Cette entrée clôt la transcription de la partie Mammalia de la Fauna tchéliensis de Möllendorff (commencée le 5 novembre) avec 15 taxons supplémentaires répartis en trois ordres : Rodentia (suite, n° 32-37), Multungula (multi-onguliers, n° 38), Ruminantia (n° 39-46). Le total atteint ainsi 46 mammifères décrits pour la province du Tchéli. L’ordre “Multungula” (vieille dénomination pour les mammifères à plusieurs sabots) est aujourd’hui éclaté entre Artiodactyla (suidés, cétartiodactyles) et Perissodactyla (périssodactyles).

36 Rodentia (suite, n° 32-37). Sciurus striatus Pallas (1778) = Eutamias sibiricus ou Tamias sibiricus, tamia de Sibérie, petit écureuil rayé. Les noms chinois 花布簾子 (huā bù lián zi, “petit rideau bigarré”), 五道眉兒 (wǔ dào méi ér, “cinq raies sur le front”), et 花鼠 (huā shǔ, “rat fleuri/bigarré”) font tous référence au pelage rayé distinctif de l’espèce. Localisation “Ninchwa” (lecture à confirmer) : probablement 寧夏 Níngxià (Ningsia/Ningxia, région autonome hui du nord-ouest de la Chine). Cricetulus griseus A. Milne-Edwards (1867) : hamster gris de Chine, petit rongeur (118 mm dont 40 mm de queue) connu pour faire des réserves d’hiver — d’où les noms chinois 豆鼠兒 (dòu shǔ ér, “petit rat des pois”) et 倉耗子 (cāng hào zi, “rat de grenier”). Mus humiliatus A. Milne-Edwards : rat commun de Pékin, probablement synonyme de Rattus rattus ou espèce proche. Mus decumanus L. = Rattus norvegicus, rat brun ou surmulot, très commun à Tientsin. Mus plumbeus : rat “plombé”, de Mongolie, taxinomie ancienne difficile à rattacher. Mus musculus L. = souris domestique — très rare au Tchéli selon Möllendorff. 老鼠 (lǎo shǔ) = rat/souris, terme générique qui embrasse les n° 34 et 35.

37 Multungula (n° 38). Sus scrofa L. : sanglier d’Eurasie, rare au Tchéli selon la notice. 野猪 (yě zhū, “porc sauvage”) = sanglier ; romanisation Wade-Giles ancienne “yeh chu” (aujourd’hui yě zhū en pinyin).

38 Ruminantia (n° 39-46). Antilope caudata A. Milne-Edwards, genre Nemorhedus (aujourd’hui Naemorhedus) = goral, “antilope-chèvre”. 羚羊 (língyáng, “antilope”) est le nom chinois générique. Antilope gutturosa Pallas = Procapra gutturosa, antilope à goitre de Mongolie ; Le groupe [?](niú = bœuf, yáng = mouton/chèvre) demande à être confirmé : peut-être 牛羚 (niú líng) ou une combinaison populaire. Aegoceros Argali Pallas = Ovis ammon, argali ou mouflon d’Asie — 山羊 (shān yáng, “chèvre de montagne”) est ambigu car désigne aussi la chèvre domestique. Moschus moschiferus L. = chevrotain porte-musc de Sibérie ; 香麞子 (xiāng zhāng zi, “petit porte-musc parfumé”) — le caractère est une variante ancienne de (zhāng = hydropote/porte-musc). Cervus pygargus Pallas = Capreolus pygargus, chevreuil de Sibérie (“Roebuck” en anglais). Cervus mantchuricus Swinhoe = Cervus nippon mantchuricus, cerf sika de Mandchourie ; 梅花鹿 (méi huā lù, “cerf fleur de prunier”) = cerf sika, nom évoquant son pelage moucheté. Cervus xanthopygus = Cervus elaphus xanthopygus, cerf à croupe jaune (“Red Deer”) = sous-espèce orientale du cerf élaphe. Cervus mandarinus : nom taxinomique obscur, possible synonyme du précédent (cerf élaphe). 馬鹿 (mǎlù, littéralement “cerf-cheval”) est le nom chinois standard pour le cerf élaphe (Cervus elaphus) — cohérent avec la mention “Red Deer” du n° 45. Lecture initiale “羊鹿” révisée en “馬鹿” sur évidence sémantique (19.04.2026). Cervus (Elaphurus) davidianus : cerf de Père David ou milu, espèce emblématique découverte par le P. Armand David en 1865 dans le parc impérial du Nanhaizi près de Pékin ; éteint à l’état sauvage dès la fin du XIXᵉ siècle et sauvé par quelques spécimens envoyés en Europe. 四不像 (sì bù xiàng, “les quatre qui ne ressemblent à rien”) : surnom chinois célèbre signifiant que l’animal a la queue d’âne, les sabots de vache, le cou de chameau et les bois de cerf — sans ressembler à aucun des quatre.

39 Continuité du rapport d’état des travaux du 1ᵉʳ novembre (mur d’enceinte, ailes sud et nord, maison principale, écuries). Deux étapes nouvelles sont franchies ce jour-là : (a) pose du nouvel escalier dans la maison principale — probablement l’escalier intérieur reliant le rez-de-chaussée (vestibule, writing room, ante room, dining room) au 1ᵉʳ étage (3 chambres et ball room) ; (b) préparation du toit (“lost” dans le manuscrit, lecture “toît” au sens d’orthographe ancienne, ou lecture “lot” = “la toiture”, à confirmer) du nouveau bureau. À rapprocher des jalons précédents : 6 octobre (déménagement du bureau), 25 octobre (fondations du tennis), 1ᵉʳ novembre (plâtrage de la maison et fondations de l’aile nord).

40 Le Shantung. Vapeur de ligne régulière reliant Tientsin (via Chefoo) à Shanghai, opéré par la China Navigation Company ou l’un des armateurs britanniques de la côte chinoise. Navire déjà mentionné à plusieurs reprises dans le journal par Fauvel

41 S'agit il de Thomas Francis Wade (1818–1895), ministre plénipotentiaire britannique à Pékin, diplomate et sinologue, inventeur du système de transcription Wade-Giles. Fauvel avait noté le 3 novembre 1876 que « l’ambassade chinoise pr Londres et Wade quittent Péking demain — ils partent par la malle française » Serait il de passage à nouveau ?

42 Hypothèse principale : HMS Talisman, navire de guerre britannique (sloop à hélice de la Royal Navy) présent sur la station de Chine à cette époque.

43 S’haï. Diminutif familier de Shanghai (上海) utilisé par Fauvel dans le journal. Cette abréviation est caractéristique de l’usage épistolaire français de la côte chinoise au XIXᵉ s.

44 Les princes d’Orléans. Éclairage biographique majeur (19.04.2026). Le contexte grammatical indique que c’est avec de Bury — et non avec Wade — que Fauvel passe la journée et cause. Or, Fauvel (Albert Auguste) a des liens familiaux forts et chargés de sens avec la maison d’Orléans qui éclairent cette conversation : son père, Auguste Fauvel, a effectué en 1865-1867 un tour du Pacifique (Australie, Java, Siam, Chine, Japon, Californie) sur un navire marchand avec deux compagnons — le comte Ludovic de Beauvoir et le prince Pierre d’Orléans, duc de Penthièvre (1845-1919), petit-fils du roi Louis-Philippe Iᵉʳ. Auguste Fauvel est décédé à Saratoga (États-Unis) en 1867 au cours même de ce voyage, laissant son fils Albert Auguste orphelin à 16 ans. Le prince Pierre, officier de marine (française, puis portugaise), était en exil en raison de la loi du 28 mai 1848 frappant la famille d’Orléans ; il est le fils du prince de Joinville. Beauvoir a publié plusieurs récits de ce voyage. Important : l’article Wikipedia sur le prince Pierre évoque « Auguste Alexandre Fauvel » — il s’agit bien du père, et non du diariste (Albert Auguste Fauvel, 1851-1909, qui n’avait alors que 14-16 ans). Ludovic de Beauvoir et le prince Pierre d’Orléans ont conservé des liens affectifs durables avec la famille Fauvel après le décès du père, ce qui donne à toute conversation sur « les princes d’Orléans » une tonalité mémorielle particulière pour Albert Auguste. En 1876, les principaux princes d’Orléans sont le comte de Paris (Philippe, chef de la maison, prétendant au trône), le duc de Chartres (Robert), le duc d’Aumale, le duc de Nemours, le prince de Joinville, et le duc de Penthièvre (Pierre). De Bury, si c’est un officier de marine française, apporte possiblement des nouvelles récentes des voyages ou activités du prince Pierre — ce qui expliquerait l’émotion et le temps que Fauvel consacre à ce visiteur. Cette conversation témoigne du lien vivant avec la mémoire du père disparu et du réseau français orléaniste hérité.

45 Le Chefoo Bluff, promontoire et lieu de promenade traditionnel de la communauté étrangère de Chefoo, déjà cité dans le journal (notamment le 22 octobre 1876). Lieu de dégagement panoramique sur la baie de Chefoo, fréquenté à cheval par les expatriés.

46 Maclean est un familier de Fauvel à Chefoo. Fauvel l’accompagne ce lundi matin au yamen (衙門, siège officiel) du Taotai (道台, haut fonctionnaire mandchou-chinois présidant au circuit administratif, au-dessus du magistrat de préfecture). Le Taotai de Chefoo — personnage déjà rencontré dans le corpus — est l’interlocuteur chinois régulier des Douanes Impériales et du consulat britannique. Fauvel sert d’interprète français-chinois/anglais, fonction courante pour les agents des Douanes francophones maîtrisant le chinois.

47 Le naufrage du Lapwing dans les îles Miaotao. Événement maritime majeur pour la communauté étrangère de Chefoo. Le Lapwing est très probablement le HMS Lapwing (1867), canonnière à hélice en bois de la classe Plover de la Royal Navy (lancée en 1867, vendue en 1885), affectée à la station de Chine dans les années 1870. Il s’échoue (« est jeté au plein », expression marine pour « rejeté à pleine mer sur un haut-fond ou un rivage par la tempête ») dans l’archipel des îles Miaotao — l’actuel archipel des Miaodao (廟島群島), aussi nommé Changshan Liedao (長山列島), groupe d’îles au sud-ouest de Chefoo, dans le détroit de Bohai. Chang Shan Tao = 長山島 (Changshan Dao), île principale du groupe. Jamieson (ami récurrent du diariste) part avec le « Mosquito » — probablement un petit bâtiment (canonnier ou remorqueur) britannique — pour porter secours ou constater l’étendue des dégâts. Les rapports sont rassurants sur les hommes (« tous sauvés ») mais pessimistes sur le navire (« peu d’espoir que le Lapwing soit encore entier »). À vérifier dans les annuaires de la Royal Navy et la presse maritime de Shanghai (The North-China Herald) pour confirmer la date et les circonstances.

48 La chronologie n’est pas linéaire dans le manuscrit : Fauvel mentionne d’abord le rendez-vous de 10h avec Maclean, puis revient sur l’information reçue à 9h½. L’ordre réel des événements : (1) 9h½ — rencontre du capitaine français qui annonce le naufrage du Lapwing ; (2) 10h — rendez-vous avec Maclean, départ pour le yamen du Taotai comme interprète ; (3) dans la journée — retour et travail sur le manuscrit ; (4) achèvement de la 51ᵉᵐᵉ page.

49 « Achevé la 51ᵉᵐᵉ page de mon manuscrit, sans compter l’introduction ». Progrès substantiel du manuscrit encyclopédique sur le Shandong (faune et flore), dont la carte a été terminée plus tôt dans l’année et approuvée par Hart. La précision « sans compter l’introduction » indique que l’introduction fait l’objet d’un décompte séparé, vraisemblablement parce qu’elle a été rédigée en premier et sera paginée indépendamment (usage éditorial courant du XIXᵉ s. : introduction en chiffres romains, corps en chiffres arabes). Ce jalon de 51 pages atteste la vitesse de rédaction régulière de Fauvel.

50 Deux petites canonnières à vapeur construites en Angleterre pour le gouvernement impérial chinois, qui menait alors un vaste programme de modernisation navale dans le cadre du Mouvement d’auto-renforcement (Ziqiang Yundong, 自強運動). Elles seront détaillées techniquement le lendemain (15 nov.) : bâtiments à double hélice, 7 nœuds ½, armés d’un énorme canon Armstrong de 24 tonnes construit à Newcastle-on-Tyne. Ces bâtiments font partie de la flotte Beiyang (北洋水師), en construction par Li Hongzhang et dont l’armement est largement fourni par les chantiers britanniques (Armstrong-Whitworth à Elswick, Newcastle). Les noms grecs (Alpha, Beta, suivis probablement de Gamma, Delta, etc.) suivent la convention de la série de canonnières Alpha-class livrées par le Royaume-Uni à la Chine à partir du milieu des années 1870. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_d%27auto-renforcement

51 Detring absent, Fauvel hôte. Gustav Detring, commissaire des Douanes et supérieur direct de Fauvel à Chefoo, est absent ce soir-là, dînant avec sa femme chez Mʳ Bomali. Fauvel prend sa place comme hôte pour recevoir dans la maison de Detring les deux capitaines des canonnières nouvellement arrivées — rôle protocolaire important, témoignant de la confiance accordée par Detring à son subordonné francophone.

52 Officier de marine français, vraisemblablement engagé à titre individuel comme capitaine dans la flotte chinoise — pratique courante à cette époque (comme Prosper Giquel pour l’arsenal de Fuzhou). Coïncidence chronologique remarquable : Mʳ de la Primaudie pourrait être le « capitaine français descendant du consulat » qui, la veille (13 nov. à 9h½), avait annoncé à Fauvel le naufrage du Lapwing — ce qui donnerait une cohérence à la présence d’un officier français informé de l’état naval de la côte. À rechercher dans l’annuaire de la Marine française et dans le mémorial des officiers de marine (Association des Anciens Élèves de l’École navale).

53 Officier britannique (nom typiquement anglais/écossais), recruté par la marine chinoise pour convoyer et commander la canonnière Beta depuis Newcastle jusqu’à Chefoo. Plusieurs officiers anglais de ce nom sont recensés à cette époque dans la flotte marchande et militaire opérant en Chine.

54 Les canonnières représentent la pointe de la technologie navale britannique de l’époque, importée pour moderniser la flotte Beiyang de Li Hongzhang.

55 Petits vapeurs en fer, à double hélice, de 7 nœuds ½ de vitesse. Construits par la firme Armstrong (Sir William Armstrong & Co., devenue ensuite Armstrong-Whitworth) à Newcastle-on-Tyne, Angleterre, principal fournisseur d’artillerie navale de la Royal Navy et de nombreuses marines étrangères à l’époque. Ces bâtiments appartiennent à la classe des « flat-iron gunboats » (canonnières à fond plat, dites aussi « Staunch class » ou ses dérivés pour l’export) : le design consiste à réduire la coque au strict minimum pour servir d’affût flottant à un unique canon de très gros calibre. Fauvel note avec justesse cette conception radicale : « le navire n’est que l’affût même du canon ».

56 « 12 pouces d’âme » = calibre intérieur de 12 pouces britanniques, soit environ 305 mm. « 24 tonnes » = poids de la pièce. Le modèle correspondant est le canon RML 12-inch 25-ton (Rifled Muzzle-Loader, canon rayé à chargement par la bouche), produit par Armstrong à partir de 1873, utilisé aussi bien sur les « flat-iron gunboats » que sur les cuirassés britanniques. Les valeurs de Fauvel (24 au lieu de 25 tonnes) sont très proches, probablement une information donnée par le capitaine lors de la visite.

57 Le boulet et la charge. Boulet plein « ogivo-conique » (forme ogivale, pointe conique) en « chilled Iron » (fonte trempée, dite aussi fonte “coulée en coquille” pour en durcir la surface). Dimensions : 2 pieds ½ de long (~76 cm), 500 livres-poids (~227 kg). Charge propulsive : 95 livres de poudre (~43 kg). Ces valeurs correspondent bien aux spécifications du RML 12-inch 25-ton : projectile de 600 lb (standard Palliser chilled shot), charge maximale de 110 lb de poudre. Les valeurs légèrement inférieures relevées par Fauvel reflètent peut-être un usage en charge réduite pour les essais ou l’usage export chinois.

58 Effet du recul. Le recul du canon envoie le navire 10 pieds (~3 m) en arrière quand il est à l’arrêt. Lorsque la canonnière avance à 4-5 nœuds au moment du tir, le bâtiment « tremble mais reste en place » : la vitesse du navire compense la poussée de recul. Ce comportement était précisément la démonstration technique fondamentale des « flat-iron gunboats » : tirer en mouvement pour limiter le contre-coup, principe essentiel à la viabilité d’un canon si lourd monté sur une coque si légère.

59 Machine propulsive. Machine à vapeur de 40 chevaux-force, 120 à 130 tours/minute, 4 cylindres horizontaux, haute pression. « 2 h. pour la diriger » : vraisemblablement « 2 hommes pour la diriger » (équipage minimal pour la machine). Configuration compacte typique des petits vapeurs à double hélice : deux machines jumelles alimentent deux hélices indépendantes, ce qui améliore la manœuvrabilité (braquage différentiel) indispensable pour pointer le canon.

60 Conduite et commande à distance. Innovation technique saillante : le navire est piloté depuis l’arrière du canon, au moyen d’un « télégraphe » (commande mécanique à distance de type engine-order telegraph) et de « tubes parlants » (voice pipes, tubes acoustiques reliant le poste de pointage aux servants). La « steerage » (terme marin anglais désignant le gouvernail ou l’appareil à gouverner) et le service de la pièce (chargement, pointage) sont tous commandés depuis ce même poste central.

61 Machine hydraulique de service. Élément central du dispositif : une machine hydraulique est affectée au service de la pièce. Elle permet (a) de reculer la pièce pour la mettre en position de rechargement, (b) d’abaisser la gueule à 1 pied ½ (~46 cm) du pont. Le boulet est alors amené en face par un treuil (lecture incertaine). Cette mécanisation hydraulique est une avancée décisive : elle permet à un petit équipage (une dizaine d’hommes) de manœuvrer un canon dont le poids (24 tonnes) et celui du boulet (500 lb) seraient autrement ingérables à bras d’homme. Le principe du rechargement par la bouche avec canon abaissé en dessous du pont (« depressed muzzle ») est caractéristique des RML Armstrong de cette génération, avant le passage aux pièces à chargement par la culasse (BL, breech-loading) à partir des années 1880.

62 L’écouvillon hydraulique. L’écouvillon (en français technique, tige cylindrique terminée par une brosse ou un tampon) est ici utilisé à la fois pour refouler le projectile dans la chambre avant le tir (chargement par la bouche = muzzle-loader) et, après le tir, pour nettoyer l’âme du canon. Il est actionné par une machine hydraulique délivrant 100 livres par pouce carré (~ 7 bars) de pression, ce qui permet à un seul servant de refouler un boulet de 500 livres dans la chambre — opération impossible à bras d’homme.

63 Le diaphragme en gutta. La gutta-percha (suc coagulé de l’arbre Palaquium gutta, originaire de Malaisie) est une matière thermoplastique naturelle très utilisée au XIXᵉ siècle pour les joints d’étanchéité, les câbles télégraphiques sous-marins et les pièces d’artillerie. Le « diaphragme en gutta » placé entre le boulet et la charge propulsive sert de joint obturateur pour empêcher les gaz de la poudre de fuir autour du projectile. Ce type de diaphragme (gas-check) était une innovation récente des canons Armstrong RML, améliorant nettement la portée et la précision.

64 Fauvel note le coût total d’un coup de canon : 15 livres sterling (boulet + charge de poudre + diaphragme). Somme considérable à l’époque (équivalent à plusieurs mois de salaire d’un ouvrier qualifié), exprimant la chèreté croissante de l’artillerie navale. L’exclamation de Fauvel (« le coup coûte 15 livres ! ») témoigne de son étonnement.

65 Pénétration : 12 à 14 pouces. Capacité de perforation : 12 à 14 pouces (~305 à 355 mm) de blindage. Ce chiffre correspond bien aux performances testées du RML 12 pouces / 25 tonnes contre des plaques de fer forgé ou d’acier composite. À titre de comparaison, les cuirassés centraux britanniques de la classe Audacious (1870) portaient un blindage de 8 pouces ; les casemates des Devastation (1871) atteignaient 12 pouces. Le canon Armstrong des canonnières Alpha/Beta était donc capable de perforer le blindage des plus gros cuirassés de l’époque.

66 Le système de nettoyage automatique. Innovation technologique saillante : après le tir, lorsque l’écouvillon est réintroduit dans l’âme et touche le fond, il déclenche mécaniquement une soupape qui libère une « petite douche » de 100 litres d’eau pour nettoyer et refroidir l’âme du canon. Ce système automatique résout plusieurs problèmes critiques : évacuation des résidus de poudre (qui peuvent provoquer une mise à feu accidentelle lors du chargement suivant), refroidissement rapide du métal (essentiel pour tirer des cadences élevées sans déformer le canon), et nettoyage des joints et de la gorge. La cadence de tir s’en trouve considérablement améliorée.

67 Robert Hart (1835-1911), Inspecteur général des Douanes maritimes impériales chinoises, supérieur hiérarchique de Fauvel, a personnellement passé commande de ces canonnières auprès des chantiers Armstrong à Newcastle. Hart joue ici un rôle d’agent d’approvisionnement militaire pour le gouvernement impérial chinois — fonction qui dépasse ses attributions officielles aux Douanes, mais qui était rendue possible par son autorité morale et son réseau européen. Cette pratique s’inscrit dans le cadre plus large du « Mouvement d’auto-renforcement » (Ziqiang Yundong 自強運動) patronné par Li Hongzhang, Zuo Zongtang et d’autres mandarins modernisateurs. Hart a effectivement été impliqué dans la commande d’une série de canonnières britanniques pour la Chine à partir de 1875, dans le cadre de sa « Lay-Osborn Flotilla » et de ses successeurs.

68 Cette entrée complète directement la description technique des canonnières Alpha et Beta commencée la veille. Fauvel y détaille le cycle complet de chargement, tir et nettoyage du canon Armstrong RML 12 pouces / 24 tonnes, achevant ainsi un tableau technique remarquablement précis de l’artillerie navale britannique de pointe.

69 Chaque canonnière vaut 30 000 livres sterling, assurée pour 1/3 de sa valeur (soit 10 000 £). À titre de repère, 30 000 £ en 1876 équivalent approximativement à 3 à 4 millions d’euros actuels (pouvoir d’achat comparé). Pour les deux navires, la Chine a déboursé 60 000 £, somme considérable qui témoigne de l’engagement financier de Pékin dans la modernisation navale. La couverture au tiers seulement reflète le risque assumé par le gouvernement chinois pour le convoyage maritime de Newcastle à Chefoo

70 Les deux canonnières nouvellement arrivées (14 nov.), visitées par Fauvel les 15 et 16 nov., quittent Chefoo après un séjour de trois jours consacré au ravitaillement et aux formalités douanières. Fauvel clôt ainsi la séquence technique de quatre jours consécutifs consacrée à la description de ces bâtiments (14-17 nov.). Les lettres grecques α et β sont reprises en référence aux annotations marginales du 14 nov. (α = Primaudie/Alpha, β = Hamilton/Beta).

71 Quatre jours après le naufrage (13 novembre), le sort du Lapwing est scellé : l’inspection (menée par Jamieson sur place depuis les îles Miaodao) confirme que le navire est perdu — « au premier mauvais temps il sera en morceaux ». Cette formule de Fauvel est celle de la condamnation officielle d’un navire (« declared a total loss »). Les opérations de sauvetage sont limitées à la récupération du matériel (canons, machines, gréement, provisions) avant désagrégation totale de la coque. Ce sort est typique des échouages sur fonds rocheux des îles Miaodao en hiver : une fois engravé, le navire subit les tempêtes successives qui brisent la coque en quelques jours ou semaines.

72Itinéraire Teng-chow-fu → Chang Shan Tao. Teng-chow-fu (登州府, aujourd’hui Penglai 蓬莱) est la ville-préfecture historique du nord-ouest du Shandong, sur la côte du détroit de Bohai, face à l’archipel des îles Miaodao. L’itinéraire Chefoo → Tengzhou-fu → Changshan Dao correspond à la route maritime logique : ~ 70 km par voie terrestre de Chefoo à Tengzhou, puis ~ 10 km de traversée maritime vers l’archipel. Tengzhou est également un port de taille modeste et le siège d’une administration mandchoue, point de contact utile pour les démarches administratives liées au sauvetage

73 Fauvel reçoit une lettre de Mathilde Cappe, sa mère L’arrivée de courrier familial est un événement régulier consigné par Fauvel tout au long du journal — témoin de la continuité du lien épistolaire avec sa famille française malgré l’éloignement. À rapprocher de l’éclairage biographique du 12 novembre (conversation avec de Bury sur les princes d’Orléans, mémoire du père décédé à Saratoga en 1867) : cette semaine de novembre est marquée par une forte densité de références familiales pour Fauvel.

74 Fauvel consigne en en-tête, à l’encre violette (usage habituel pour les notes à caractère scientifique, technique ou économique), une information sur les mines de charbon d’un district chinois — Chiang-chiu-hsien [?] — située près d’un lieu-dit « blinam [?] ». Cette information lui a été rapportée « d’après le témoignage d’un habitant », vraisemblablement un Chinois rencontré au cours des tournées administratives. Intérêt de la note : (a) documentation des ressources minières du Shandong dans le cadre du manuscrit encyclopédique de Fauvel (cf. « 51ème page » du 13 nov.) ; (b) l’usage du charbon est précisé comme destiné aux chaudronniers et aux bateaux à vapeur (« bateaux de fer »), soit l’industrie de transformation métallique et la marine moderne. Contexte stratégique : la Chine des années 1870 cherche à développer ses propres mines pour alimenter ses chantiers navals et arsenaux (mouvement d’auto-renforcement). Les toponymes « Chiang-chiu-hsien » et « blinam » restent à identifier précisément — à rechercher dans les répertoires géographiques des districts miniers du Shandong, possiblement en lien avec Kaiping (开平) ou Weihai.

75 Le cheval de Chalmers boite dès la sortie de Chefoo, au lieu-dit « Nopu yard » [?] — toponyme anglicisé mis entre guillemets par Fauvel. Hypothèses de lecture : (a) « Navy yard » : arsenal / chantier naval britannique à Chefoo ; (b) « Dockyard » : chantier de construction ou réparation navale ; (c) toponyme local sino-anglais. Solidaire, Fauvel offre son propre cheval à Chalmers, rentre à son écurie, attelle le « gros cheval de Mʳ Detring » et repart à 7h ½ pour rattraper son ami — geste d’autorité (emprunter sans demande) qui aura des conséquences en fin de journée.

76 « Un noir tourment de neige ». Formule littéraire remarquable, typique du style de Fauvel qui combine précision documentaire et tournures poétiques. Évoque une tempête de neige violente, chaotique — la chevauchée se fait dans des conditions climatiques extrêmes pour cette première moitié de novembre en Chine du Nord. Rappelle le « temps froid, un peu de neige » du 13 novembre

77 Suite directe du 17 novembre, où Chalmers avait reçu ordre de Detring de partir pr Chang Shan Tao via Teng-chow-fu, afin de relever Jamieson après le naufrage du Lapwing. « Tung-chou » est une graphie probable du même toponyme (登州, Dengzhou, Tengzhou-fu), siège de la préfecture du nord-ouest du Shandong. Départ de Chalmers à cheval dans la grêle et la neige, à 6h du matin — conditions rigoureuses mais urgence du service. Fauvel se lève pour l’accompagner au départ — geste amical marquant leur proximité.

78 Soit environ 3h d’aller-retour depuis 7h ½, ce qui situe « Kung-yu » à environ 10-15 km de Chefoo.

79 Réprimande de Detring — petit drame social. Malgré les précautions de Fauvel (il avait écrit à Holwill pour justifier son départ matinal), Holwill s’est plaint au commissaire (Detring) du retard de Fauvel au bureau. Fauvel reçoit une réprimande officielle, aggravée d’une rancune prolongée de Detring — qui « lui garde rigueur ». La remarque finale entre parenthèses « (probablement à cause de son cheval) » est une interprétation personnelle de Fauvel : Detring serait irrité parce que Fauvel a emprunté et fait galoper son « gros cheval » dans la neige sans demande préalable.

80 Courbatures et performance équestre. Fauvel consigne les séquelles physiques de la chevauchée de la veille (18 nov.) : 27 milles anglais (~ 43 km) parcourus en 3h 45’, soit une vitesse moyenne de 11,4 km/h — performance équestre sérieuse, incluant le trajet à cheval dans la grêle et la neige pour rattraper Chalmers, puis le retour seul à Chefoo. La fatigue musculaire est logique après une telle course, sur un animal non habitué au cavalier (le « gros cheval de Mʳ Detring »).

81 La mention de la messe manquée pour cause de courbatures est cohérente avec le contexte : Fauvel, résidant dans la communauté catholique française de Chefoo et en lien avec la mission catholique (cf. père Nivard plus bas), et pratiquant. Le renoncement à la messe ce dimanche est une exception qu’il juge utile de consigner.

82 La tournée dominicale des visites — et l’incident Detring. Fauvel accomplit une promenade sur la plage de Chefoo puis une tournée de visites dominicales, usage établi de la communauté européenne expatriée. Trois visites en séquence : (1) chez Mʳ Jamieson (ami et voisin récurrent — à noter : Jamieson lui-même est censé être encore aux îles Miaodao depuis le 13 nov. ; la visite est donc probablement à Mme Jamieson ou à la famille) ; (2) chez Mʳ Detring — où la porte reste close : « l’on ne m’ouvre même pas la porte ». Rupture sociale spectaculaire qui prolonge et aggrave la réprimande professionnelle du 18 novembre. Detring a pris personnellement l’emprunt non sollicité de son « gros cheval » ; (3) chez Mʳ Holwill, le collègue qui avait donné l’alerte la veille : Fauvel s’y rend malgré tout.

83 La croix et chaîne pour Mʳ Detring — ironie situationnelle. Le père Nivard apporte à Fauvel une croix et sa chaîne, achevée (« finis ») et destinée à Mʳ Detring. Plusieurs éléments remarquables : (a) Fauvel sert d’intermédiaire entre le père Nivard et Detring, (b) l’objet est de nature religieuse (croix pectorale avec sa chaîne), ce qui confirme le caractère ecclésiastique du père Nivard et la piété catholique supposée de Detring (Gustav Detring, d’origine rhénane allemande, catholique de tradition) ; (c) ironie situationnelle marquée : le même jour, Detring ferme sa porte à Fauvel, mais ce dernier reçoit une pièce d’orfèvrerie religieuse à lui transmettre — Fauvel devra inévitablement revenir frapper à la porte de son supérieur. Le journal ne commente pas cette ironie mais la structure de l’entrée (affront reçu / cadeau à livrer) est intéressante.

84 Retour de Jamieson — clôture de la séquence Lapwing. La séquence Lapwing s’achève sur un constat de perte totale après huit jours d’opérations. Le trait vertical en marge gauche (« | ») signale l’importance de l’événement — convention diaristique de Fauvel pour marquer les nouvelles maritimes majeures.

85 Note administrative en anglais — subvention de Hart. Note rédigée en anglais : « The Inspector General has granted our demand for 250 Tls for customs furniture mess » — « L’Inspecteur Général a accordé notre demande de 250 taëls pour le mobilier du mess des Douanes ». Le « Tls » est l’abréviation standard de « taels » (, liǎng), unité monétaire chinoise utilisée dans les comptes des Douanes. L’Inspecteur Général est Robert Hart. Le « customs mess » désigne le réfectoire collectif des fonctionnaires des Douanes à Chefoo — les 250 taëls (~ 75 livres sterling à l’époque) doivent permettre l’achat de mobilier pour aménager ce mess, en lien probable avec les travaux du nouveau bureau suivis depuis octobre 1876. Cette note en anglais (langue administrative des Douanes) résume une correspondance officielle reçue ce jour-là.

86 Leçon de français aux Maclean. Fauvel donne des leçons de français à la famille Maclean — activité de précepteur attestée tout au long du corpus 1876. Les deux élèves, désignées par leurs initiales « M. et D. », sont selon toute vraisemblance Maggie et Daisy Maclean. À cette occasion, Fauvel offre à chacune un cahier personnalisé orné de son monogramme (qu’il a dessiné lui-même), accompagné d’un porte-plume — geste d’attention montrant la familiarité affective avec ses élèves. Cette pratique pédagogique cadeau-personnalisé témoigne du caractère intime de la sociabilité expatriée à Chefoo, où enseignement, amitié et services s’entrelacent.

87 La croix et collier de Jamieson, dorés par le père Jourdan. Fauvel remet à Jamieson sa croix et collier (la « chaîne » du 19 novembre) en argent doré, dorés « à la pile » par le père Jourdan. Plusieurs précisions importantes : (a) « doré à la pile » désigne la dorure par voie galvanoplastique, technique électrochimique mise au point par Daniell et Brugnatelli au début du XIXᵉ s. et largement diffusée à partir des années 1840 — signe de la modernité technique des missions catholiques en Chine, qui disposent d’un atelier d’orfèvrerie capable de réaliser ces opérations ; (b) « le père Jourdan » est un nouveau personnage du corpus, distinct du « père Nivard » mentionné le 19 novembre — deux ecclésiastiques apparemment associés à la mission catholique de Chefoo, possiblement lazaristes ; (c) Jamieson et Detring ont tous deux commandé des croix distinctes, Fauvel semblant être leur intermédiaire ?

88 Le naufrage du Lapwing — détails géographiques et chronologiques. Récit précis recueilli auprès des officiers du Mosquito : le Lapwing s’est échoué (« plié au plein ») sur une plage de sable nommée « Yu-shih-chai » (probablement 玉石寨 yùshí zhài, « buisson de jade » selon la traduction donnée par Fauvel, ou variante de transcription Wade-Giles à confirmer). Cette plage sépare les deux principales îles de l’archipel des Miaodao, soit Beichangshan (北长山岛) et Nanchangshan (南长山岛) — les « 2 îles de Chang-shan-Tao ». L’échouage s’est produit par beau temps, ce qui permettait l’évacuation. Une heure après cet échouage initial — soit avant que le sauvetage ne puisse être complet — une tempête de Nord-Est est survenue et a détruit le navire. Cette précision est importante : elle confirme que les hommes ont été sauvés mais que le bâtiment s’est désintégré rapidement (cohérent avec « il sera en morceaux » du 17 novembre). La direction NE de la tempête s’explique par la position des îles dans le détroit de Bohai, exposées aux fortes brises hivernales de novembre.

89 Grainville fait escale à Chefoo avant de rejoindre par voie maritime ou terrestre Tianjin (天津), port d’embouchure du Beiyang où sont stationnés les bâtiments de la station navale française d’Extrême-Orient.

90 Erreurs des cartes nautiques — intérêt cartographique de Fauvel. Information précieuse pour Fauvel : Mʳ Grainville lui transmet des « détails importants sur les erreurs des cartes nautiques des côtes de Chine ». Cet échange technique éclaire l’intérêt cartographique constant de Fauvel, déjà attesté par sa propre carte du Shandong (terminée et approuvée par Hart courant 1876). Les cartes nautiques alors en usage sur la côte chinoise sont principalement britanniques (Admiralty Charts) avec quelques apports français et russes ; leurs imprécisions sur les hauts-fonds et les côtes peu fréquentées (notamment dans le golfe du Bohai) entraînaient régulièrement des échouages — cf. les naufrages contemporains du Lapwing (Miaodao, 13 nov.) et du Salacia (Niu-chwang, 22 nov.). L’information de Grainville pourrait alimenter les futurs travaux géographiques de Fauvel.

91 Le naufrage du Salacia. Deuxième naufrage majeur consigné par Fauvel en moins de dix jours dans le golfe du Bohai, après celui du Lapwing aux Miaodao (13 nov.). Le « Salacia » (lecture du nom à confirmer) est une barque anglaise — voilier de commerce gréé en trois-mâts barque, type fréquent dans la marine marchande britannique du XIXᵉ siècle pour le trafic asiatique. Le navire vient de se perdre « sur la barre de la rivière de Niu-chwang » : la « barre » désigne le banc de sable accumulé à l’embouchure d’un fleuve, obstacle majeur à la navigation. La rivière en question est la rivière de Niuzhuang (牛莊, Niu-chwang en transcription Wade-Giles ancienne), qui débouche sur le golfe du Bohai au port de Yingkou (营口) — port mandchou ouvert au commerce étranger en 1858 par le traité de Tianjin, et siège d’une commissionerie des Douanes Impériales. La barre de Yingkou était notoirement traîtresse, particulièrement en saison hivernale avec les vents de Nord-Est et la formation de glaces dans le détroit. Si le nom du Salacia se confirme (déesse romaine de la mer salée, épouse de Neptune), c’est une appellation classique pour un navire britannique. À rechercher dans les Lloyd’s Lists et les Wreck Reports britanniques de 1876.

92 Saison maritime meurtrière. La conjonction des deux naufrages (Lapwing 13 nov., Salacia 22 nov.) atteste l’extrême dangerosité de la navigation hivernale dans le golfe du Bohai en 1876. Cela donne du sens rétrospectif aux remarques recueillies la veille (21 nov.) auprès de l’enseigne de vaisseau Grainville sur les erreurs des cartes nautiques chinoises — les deux sujets sont liés.

93 Les grenats taillés sont des pierres précieuses (silicates) en gemmes de joaillerie. Cette série d’envois s’inscrit vraisemblablement dans la constitution d’une collection minéralogique pour le manuscrit encyclopédique de Fauvel sur le Shandong (qui inclut une section minéralogie selon la convention violet de l’encre scientifique). À noter : le grenat est minéral classique de Chine du Nord (notamment du Shanxi, Mongolie intérieure)

94 L’« itinerant american missionary » au Club — conférence avec lanterne magique. Événement remarquable de la sociabilité expatriée : un missionnaire américain itinérant donne une conférence (« lecture », anglicisme conservé) au Club européen de Chefoo. Les missionnaires américains itinérants (« circuit riders » du méthodisme, baptistes, presbytériens) parcouraient alors la côte chinoise pour soutenir leurs missions, en levant des fonds et apportant des nouvelles d’Amérique. La projection se fait par lanterne magique — appareil de projection à pétrole ou kérosène, ancêtre du projecteur de diapositives, permettant de montrer des photographies sur plaques de verre.

95 L’Exposition centennale de Philadelphie 1876. Événement de portée mondiale : la Centennial International Exhibition de Philadelphie, première exposition universelle aux États-Unis, célébrant le centenaire de la Déclaration d’indépendance américaine (1776-1876). Ouverte du 10 mai au 10 novembre 1876 à Fairmount Park, Philadelphie. Plus de 9 millions de visiteurs, 35 nations exposantes — dont la France avec son célèbre pavillon. Les vues photographiques projetées au Club de Chefoo sont vraisemblablement des tirages stéréoscopiques ou des plaques de lanterne magique éditées par le Centennial Photographic Company (firme officielle de l’exposition). Remarquable rapidité de diffusion : ces images parviennent à Chefoo à peine deux semaines après la fermeture de l’exposition (10 novembre), témoignant de la modernité des transports maritimes et des flux d’informations entre l’Amérique et la Chine.

96 Le vase de Sèvres — fierté française à Philadelphie. Fauvel relève parmi les vues les plus remarquables celle d’un vase de Sèvres — trace évidente de la fierté nationale française. La Manufacture nationale de Sèvres (porcelaine) avait fourni à l’Exposition de Philadelphie une sélection prestigieuse de pièces d’art, parmi lesquelles plusieurs grands vases monumentaux destinés à valoriser le savoir-faire français face aux exposants américains et britanniques.

97 Photographies microscopiques. Mention complémentaire : la séance comporte également des photographies d’objets microscopiques. La photomicrographie est une technique récente (perfectionnée dans les années 1860-1870) consistant à photographier des préparations microscopiques. C’est un sujet d’intérêt direct pour le naturaliste Fauvel — le microscope est un outil scientifique essentiel pour l’observation zoologique et botanique. La projection en lanterne magique permet de partager ces vues à grande échelle.

98 Retour du cheval de Teng-chow-fu Fauvel monte aujourd’hui pour la première fois son propre cheval depuis son retour de Teng-chow-fu. Rappel : le 18 novembre, Fauvel avait prêté son cheval à Chalmers (parti en mission via Tengzhou-fu pour relever Jamieson aux Miaodao après le naufrage du Lapwing). Cinq jours plus tard, le cheval est revenu

99 Mʳ Ferguson, ministre de Hollande Diplomate de premier rang : Jan Helenus Ferguson (1826-1908), ministre résident des Pays-Bas en Chine de 1872 à 1894 (en poste à Pékin). Membre éminent de la communauté diplomatique européenne en Chine. La mention « S.E. » (Son Excellence) atteste son rang officiel.

100 Tournée des visites — signe de réconciliation avec Detring ? Trois visites successives : Mʳ Ferguson (le ministre, S.E.), Mʳ Detring (commissaire des Douanes), Mʳ Jamieson (ami récemment rentré des Miaodao). À noter l’importance sociale de cette visite à Detring : c’est la première fois depuis la brouille du 18 novembre (où Detring avait fermé sa porte à Fauvel). Soit la rancune s’est dissipée, soit la visite est protocolaire (accompagnement obligé pour saluer le ministre Ferguson de passage). La séquence des visites sociales reprend son cours.

101 Les mariages chinois traditionnels comportent rituels élaborés (procession en chaise rouge, échange de cadeaux, kowtow aux ancêtres, banquet) — observation ethnographique précieuse pour Fauvel. Curieusement, il ne consigne aucun détail descriptif — soit pudeur, soit la cérémonie a été abrégée ou strictement officielle. À rapprocher de l’intérêt ethnographique général de Fauvel pour la Chine.

102 Clôture absolue de la séquence. Chalmers, parti le 18 novembre via Tengzhou-fu pour relever Jamieson aux Miaodao après le naufrage du Lapwing, rentre enfin à Chefoo — soit huit jours de mission. La séquence Lapwing/Mosquito (13 novembre — 26 novembre, soit 13 jours au total) est ainsi totalement bouclée : (a) naufrage 13 nov. ; (b) Mosquito sur place avec Jamieson ; (c) Chalmers en relève via Tengzhou-fu ; (d) retour Jamieson 20 nov. ; (e) cheval de Fauvel rentré au plus tard le 23 nov. ; (f) retour Chalmers 26 nov. avec le matériel récupéré et les rapports finaux. Cohérence narrative parfaitement bouclée.

103 Tu-shan-hsien et la porte de Lay-yang — topographie de Chefoo. Itinéraire de promenade : direction sud-est de Chefoo vers Tu-shan-hsien (土山縣 ou variante — Wade-Giles), retour par la « porte de Lay-yang » (萊陽 Laiyang, ville-préfecture du Shandong située à l’ouest de Chefoo). « Porte de Lay-yang » désigne la porte de la muraille urbaine de Chefoo orientée vers Laiyang. La promenade dessine donc un circuit : sortie vers Tu-shan-hsien au S.E., parcours de la campagne, rentrée par la porte ouest de la ville. La précision topographique de Fauvel (« au S.E. de... ») témoigne de sa connaissance de la géographie locale

104 Cette note en anglais (langue administrative officielle des Imperial Maritime Customs) consigne deux mouvements de personnel des Douanes Impériales chinoises — vraisemblablement reçus par circulaire ou télégramme officiel ce jour-là.

105 Th. F. Hughes — mutation à Takau (Taïwan). Th. F. Hughes (peut-être Thomas Forrester Hughes, fonctionnaire britannique des Douanes attesté à plusieurs postes en Chine et à Taïwan dans les années 1870-1880), promu Deputy Commissioner (sous-commissaire) à Takau (打狗 dǎgǒu, ancien nom de Kaohsiung 高雄, port de l’île de Formose / Taïwan, ouvert au commerce occidental par le Traité de Pékin de 1860). Takau était l’un des deux ports principaux taïwanais des Douanes Impériales, à la pointe sud-ouest de l’île. Mutation importante — Hughes monte en grade.

106 J. Smith — promotion de tidewaiter à clerk. J. Smith, jusqu’alors « tidewaiter » (préposé aux marées, agent extérieur des Douanes en charge de l’inspection des navires marchands au mouillage), rejoint l’« indoor staff » (personnel administratif intérieur, distinct de l’outdoor staff opérationnel) comme « 3rd class clerk » (commis de 3ᵉ classe). Promotion type dans la carrière de l’IMCS : passage de l’extérieur (mer, douane) à l’intérieur (bureau, administration).

107 Mʳ Marin d’Airebelle — ingénieur de vaisseau de l’Arsenal de Foochow. Officier de marine français de grade « ingénieur de vaisseau » (corps technique du Génie maritime), attaché à l’Arsenal de Foochow (福州船政局, Fuzhou chuanzheng ju), grand chantier naval impérial créé en 1866 par Prosper Giquel (déjà mentionné le 3 nov. 1876) sous l’impulsion de Zuo Zongtang. C’est l’un des piliers du « Mouvement d’auto-renforcement » (自強運動).

108 La soie pongée — commerce textile. Le « pongée » (du chinois 本機綢 běnjī chóu) est une soie tissée brute écrue, légère et naturelle, fabriquée traditionnellement au Shandong et exportée massivement en Europe au XIXᵉ s. Fauvel achète 2 pièces (rouleaux) à 8 dollars mexicains — le dollar mexicain d’argent étant la monnaie de référence dans le commerce de la côte chinoise.

109 Cloisonnés de Peking et de Foochow. Les émaux cloisonnés (景泰藍 jǐngtàilán, « bleu de Jingtai ») sont une spécialité d’orfèvrerie chinoise impériale dont l’atelier de référence est à Pékin depuis le XVᵉ s.

110 Le père Favier — introduction de la galvanoplastie en Chine. Information historique majeure : Pierre-Marie-Alphonse Favier (1837-1905), prêtre lazariste français en mission à Pékin (Beitang, cathédrale du Nord) à partir de 1862, futur évêque coadjuteur de Pékin (1897). Architecte, orfèvre, antiquaire, auteur du célèbre ouvrage Péking, histoire et description (1897). Fauvel consigne ici un témoignage précieux : Favier aurait apporté à Pékin la technique de la dorure galvanique (galvanoplastie) « au moyen d’une pile à eau douce » — soit une pile Daniell ou variante, utilisée pour la dorure électrolytique. Cohérent avec les mentions des pères Nivard et Jourdan (19 et 20 nov.) qui réalisent à Chefoo des objets dorés « à la pile » : ces missions catholiques disposent donc d’ateliers d’orfèvrerie galvanique. À documenter dans les Annales de la Propagation de la Foi et les biographies de Favier.

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